PAV – Praille Acacias Vernets

Ville basse ou ville en hauteur ? Cette interrogation se pose à nouveau à Genève avec le réaménagement urbain du périmètre du quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV), 230 hectares situés au sud de la ville. Si l’urbanisation croissante du territoire régional (projet d’agglomération) invite à penser une dimension métropolitaine dans un paysage transfrontalier, un retour à des échelles plus humaines de l’urbanisme pose la question de la juste taille d’une ville.

En même temps, la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) ne laisse plus de marge pour étendre la ville sur les espaces naturels et agricoles. L’avenir nous réserve des perspectives plus dures, car la LAT pose les exigences d'« orienter le développement de l’urbanisation vers l’intérieur du milieu bâti » et de «créer un milieu bâti compact», impliquant une densification devenue sujet à controverses. 

L’évolution du projet de quartier du PAV nous incite à poursuivre une réflexion dans laquelle notre association est impliquée, notamment sur la recherche d’un nouveau modèle urbain autre qu’une accumulation quantitative. Aujourd’hui la crise environnementale nécessite un changement visant à réduire notre empreinte urbanocène. Des expériences et des pistes sont alors à explorer.  

Cette page informe sur divers événements et contributions concernant le quartier du PAV, qui animent le débat à Genève et dans sa région.

PAV, août 2025, photo: Olivier Riethauser High5 Prod

PAV, août 2025, photo: Olivier Riethauser High5 Prod

 

CARTE DU PATRIMOINE PAV ET DEMANDE DE MISE SOUS PROTECTION D'UNE TRENTAINE DE BÂTIMENTS (2023)

Depuis le début des années 2000, le périmètre du PAV a fait l’objet de plusieurs projets d’urbanisme, concours, idées directrices, PLQ etc. L’objectif recherché de toutes ces études était d’imaginer la métamorphose de ce vaste territoire. Parallèlement à l'étude des différents PLQ, un inventaire des bâtiments a été élaboré sous la forme d’une carte par l’Office du patrimoine et des sites (OPS).

Sur la base des cartes et projets conçus par les différents acteurs, nous avons constaté qu’il manquait à ces divers projets une réflexion plus approfondie sur le bâti existant et son potentiel de réutilisation. Ce constat ne concernait pas seulement des bâtiments à vocation industrielle, mais également des bâtiments administratifs et de logements. Patrimoine suisse Genève (PsGe) a ainsi développé un complément de réflexion sur le patrimoine bâti existant. Lors d'une première rencontre dédiée au PAV en décembre 2021, l’OPS nous a montré une carte relevant le patrimoine du PAV et nous lui avons présenté notre «Carte du patrimoine PAV» signalant une quarantaine de bâtiments dignes d’être sauvegardés, dont 10 bâtiments bénéficiant déjà d’une mesure de protection.

Cette carte était accompagnée de fiches historiques et architecturales pour chacun des bâtiments signalés. Notre objectif était la prise en compte du tissu et du bâti existants comme fondement de toute forme de projet futur. Ce document a été transmis au magistrat présidant le Département du territoire (DT) et à ses services.

Au moyen de cette Carte, nous espérions sensibiliser les différents acteurs aux possibilités de recyclage qu’offre la ville en devenir, cela en opposition à la tentation de la tabula rasa, qui semble se dessiner pour cet immense secteur, bien que ce concept soit obsolète depuis des décennies. En conséquence, notre association a demandé que les bâtiments signalés sur notre Carte bénéficient d’une mesure de protection et soient ainsi sauvés de la démolition.

Cette Carte n’est pas exhaustive: elle opère un repérage des bâtiments à sauvegarder et des vides urbains ou espaces non bâtis (réseaux viaires, surfaces naturelles, rivières, aires de stationnement, jardins, végétations). Nous sommes de l’avis qu’un travail réunissant l’ensemble des préexistences à conserver, bâties et non bâties, dans un seul et unique document type «Plan de l’état des lieux» de cette vaste portion de ville, pourrait mieux orienter le «démarrage» de ce qui sera le projet de métamorphose du PAV.

L’exemple du projet de transformation de l’île de Nantes (1999 - 2010), fondé sur la mise en œuvre d’un «Plan Guide», pourrait également inspirer la démarche méthodologique au PAV. Parmi ses cinq principes définissant les modalités des modifications physiques et territoriales du site, la notion de l’existant récupéré deviendrait prioritaire : «restaurer c’est une attention portée à ce qui existe. Réparer, cela veut dire que tout n’est pas refait à neuf, tout n’est pas cassé… en mélangeant ouvrages neufs et existants»1, un projet fondé sur l’observation de ce qui existe, pour faire avec, améliorer, transformer. Certes, la méthode implique une flexibilité et une attention plus sensible (principe d’évolution) que le système du PLQ genevois qui demeure particulièrement rigide. La «Carte du patrimoine PAV» se veut être prospective et articulée anticipant tout projet d’urbanisme.

ET DEPUIS...

Après analyse de notre demande de mise sous protection de 41 bâtiments, le DT a décidé d'en placer 12 sous protection, d’en intégrer 9 autres dans les planifications et d’en maintenir 15 (entièrement ou en partie), mais d’autoriser la démolition de 5. Ultérieurement, le DT a proposé de maintenir 4 autres bâtiments qui ne figuraient pas sur notre liste, et nous a demandé de nous déterminer formellement sur les 5 bâtiments qu’il entendait faire démolir, mais pour lesquels PsGe avait demandé une mise sous protection (à savoir l’ancienne agence de Parfumerie, l’ancienne station-service Eurogas, l’ancienne usine de la British American Tobacco, la Tour de l’Etoile et le centre artisanal Praille-Etoile). 

Finalement, parmi ces 5 bâtiments voués à la démolition, nous avons décidé de maintenir notre demande de protection pour l’usine de la British American Tobacco et pour l’ancienne station-service Eurogas. Malheureusement le DT a refusé les deux, mais a proposé de conserver certains éléments de l’ancienne station-service Eurogas en les réaffectant dans un lieu public à l’intérieur du PAV.

En août 2025, le Conseil d’Etat a validé la planification de 2 tours culminant à 170 et 175 mètres de haut dans le PAV, dans le cadre d’une nouvelle image directrice comprenant 34 tours de grande hauteur. A la suite de cette annonce, le débat se concentre désormais sur la densité en hauteur. Concilier densité, patrimoine bâti, tours et espaces publics s’avère être un exercice d’équilibre risqué. Ce nouveau plan d’urbanisation nécessiterait un retour à la table de discussion avant qu’il ne soit trop tard.

1) Le plan guide (suite), pp. 75-76, éd. Archibooks+Sautereau Editeur- Paris, 2010


Intervention de Pauline Nerfin, coprésidente de Patrimoine suisse Genève, au sujet des tours au téléjournal le 2 juin 2025.


Les associations SOS Patrimoine CEG et Action Patrimoine Vivant ont lancé une pétition contre les futures tours du PAV. Vous pouvez la télécharger ici.